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Crowdfunding

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Les jeux dont vous êtes le producteur

crowdfunding3Le système existe pour la musique, les livres, les bandes dessinées, et même les films : le financement par la communauté ("crowdfunding", en anglais), alternative aux entreprises d'édition et de production "classiques", se développe également pour les jeux. Popularisé en France par MyMajorCompany avec le succès du chanteur Grégoire, ce système permet aux internautes d'allouer une somme d'argent à un projet artistique. Les internautes sont le plus souvent intéressés financièrement au succès de l'œuvre, chacun devenant ainsi un producteur en puissance.
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Aux Etats-Unis, le site Kickstarter, fondé en 2009 et qui a récemment reçu 10 millions de dollars (7 millions d'euros) d'investissements, a ainsi levé des sommes importantes en deux ans d'existence : 60 millions de dollars (41,8 millions d'euros), d'après le site spécialisé TechCrunch. Tout comme son principal concurrent, IndieGogo, Kickstarter propose de financer des projets très variés, allant du livre à la performance d'art contemporain.

Mais le crowdfunding vise également des communautés plus ciblées, comme les adeptes du jeu vidéo. Plusieurs plates-formes viennent de se lancer, comme 8bit Funding, pour inciter les joueurs à financer eux-mêmes des jeux innovants. Pour la personne qui participe, ce système introduit un nouveau rapport à la création, estime Jörn Renfordt, un des responsables de l'entreprise allemande Galahad Capital Management, qui vient de lancer GamesPlant. "L'implication du joueur est complètement différente, puisqu'il joue vraiment au jeu auquel il souhaite jouer ; l'argent, par ailleurs, va directement aux concepteurs, et pas aux éditeurs et aux distributeurs, souligne M. Renfordt. Nous voyons ce service comme un incubateur pour des concepts uniques qui n'ont pas à attirer les masses, mais qui réunissent suffisamment de soutiens pour financer la production du jeu." Une fois qu'un projet est financé, le site GamePlant, qui prélève 15 % de la somme perçue, contre 5 % pour Kickstarter, demande ensuite aux développeurs de fournir un plan d'étape pour la réalisation du jeu, et verse progressivement la somme récoltée.

DES PROJETS ORIGINAUX À BUDGET MODESTE

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L'internaute investit en général des sommes de l'ordre de quelques dollars ; quant aux budgets des projets proposés, ils avoisinent le plus souvent le millier de dollars. Certains – rares – projets parviennent même à lever jusqu'à 125 000 dollars (plus de 85 000 euros). C'est le cas du jeu de tir Interstellar Marines conçu par un studio danois, mais attendu depuis... 2006.

La plupart des jeux soumis aux contributions des internautes sont de petites productions, misant sur une mécanique de jeu originale et disponibles sur une gamme variée de plates-formes, du PC aux tablettes tactiles. C'est le cas, par exemple, de Love and Hate, un jeu de puzzle aux graphismes soignés, ou Aleph, qui rend hommage aux jeux de rôle des années 1980 et 1990.
Ce système de financement, qui se prête bien aux communautés actives, existe également pour les jeux de plateau. MyWittyGames est une maison d'édition collaborative lancée à la fin de 2010. Le principe est le même que celui de MyMajorCompany, à la différence près que l'internaute qui finance reçoit également une copie physique du jeu. Contrairement au jeu vidéo, la question du support reste centrale pour l'édition de jeux de plateau, et une variable importante dans le financement d'un projet. "Pour Witty Chronos, un jeu fondé sur l'utilisation de sabliers, il nous a fallu trouver comment faire fabriquer les douze sabliers nécessaires à un prix raisonnable", explique Yannick Robert, fondateur de MyWittyGames. Le jeu est vendu 33 euros, un prix dans la norme pour un jeu de plateau.

Si un projet ne récolte pas la somme nécessaire à son financement, les internautes sont remboursés ; à l'inverse, si le jeu connaît un succès important, ceux qui l'ont financé touchent une somme qui dépend du montant de leur investissement. La société, elle, se rémunère en prenant une marge sur les boîtes vendues. "La communauté des joueurs de plateau est très dynamique, précise Yannick Robert. Pour Witty Chronos, nous avons pu lever 32 000 euros en deux semaines." Dans cette univers de passionnés, les contributions sont souvent importantes ; la moyenne des investissements des internautes – les boutiques peuvent également investir – se monte à 100 euros.

"Dans le jeu de société, il est impossible de profiter de son nouveau jeu sans inviter des amis et jouer à plusieurs. La viralité autour d'un jeu peut donc être naturellement très puissante", note M. Robert. "Ce qui compte, ce n'est pas qu'il y ait dix personnes qui investissent 3 000 euros chacune, mais plutôt qu'il y ait 300 personnes qui mettent 100 euros chacune". La première édition d'un jeu est tirée à 5 000 exemplaires, avec des rééditions possibles si le jeu est épuisé - sachant qu'en France, on considère qu'un jeu qui dépasse les 10 000 exemplaires vendus est un grand succès.

LE REBOND DES INDÉPENDANTS

crowdfunding4Sur plateau, PC ou console, le financement par la communauté tire aussi parti du renouveau du jeu indépendant. Les créateurs de jeux PC ont notamment su profiter du déploiement de moteurs de jeu comme Unity, peu coûteux et performants, assez adaptés à ce type de projets. Mais ce modèle de financement peut-il s'imposer ? Pour de nombreux studios, le modèle économique le plus prometteur est celui du free to play, où l'accès au jeu est gratuit, mais où les contenus additionnels sont payants.

Valve, le leader de la vente dématérialisée sur PC, vient d'annoncer qu'un de ses jeux phare, le jeu de tir cartoonesque Team Fortress 2, allait expérimenter le modèle free to play. Les jeux édités par Zynga, sur le réseau social Facebook, et qui comptent des centaines de millions de joueurs chaque mois, popularisent également ce système. Pour Jörn Renfordt de GamesPlant, ces approches ne sont cependant pas contradictoires. "Les développeurs peuvent présenter un jeu free to play, et financé par la communauté ; en échange, les financeurs peuvent recevoir des biens supplémentaires dans le jeu comme récompense", note le responsable de GamesPlant.

Les acteurs "traditionnels" du jeu vidéo pourraient-ils également opter pour un modèle financé tout ou partie par les joueurs ? Il y a deux ans, Gabe Newell, cofondateur de Valve, avait déjà évoqué la possibilité de "productions financées par la communauté". Mais GamesPlant reconnaît que le crowdfunding ne sera pas "la tasse de thé" des principaux éditeurs de jeu, du moins "dans un futur proche". "Ce système est d'abord destiné aux jeux indépendants, qui ont besoin de financements. Mais il peut aussi permettre de financer une démonstration, pour ensuite la présenter à un éditeur, qui commercialisera le jeu", note Jörn Renfordt.
Laurent Checola et Damien Leloup
LEMONDE.FR | 08.07.11


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